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L’Espace d’une vie

Itinéraire d’un passionné à la Cité de l’Espace

La vie de Serge Gracieux a été exceptionnelle, et il lui fallait bien les 324 pages d’un récit dense pour avoir assez d’espace pour nous la raconter. Cette autobiographie commence avec ses rêves d’enfant, puis avec une curiosité d’adolescent qui va le porter vers une première carrière, celle de dessinateur et de modéliste industriel, mettant a profit ses talents spéciaux pour la reproduction des engins spatiaux, et se décrivant lui-même comme «ingénieur de rêves». En 1997 se produit un tournant professionnel  important dans sa vie, quand il est recruté à la Cité de l’Espace lors de son ouverture à Toulouse comme animateur et vulgarisateur puis, de plus en plus, comme conseiller scientifique. Il est alors, selon ses propres termes, «attaché à transmettre ce qui l’avait lui-même fasciné». On l’accompagne ainsi tout au long de cette nouvelle aventure, dans un tourbillon de rencontres (1), de projets, de voyages, d’anecdotes et de souvenirs.

À ses côtés on revit donc pour commencer les programmes Mercury (mettre un astronaute en orbite), Gemini (maîtriser l’évolution en sécurité dans l’Espace d’êtres humains) et Apollo (la course à la Lune). Plus loin dans l’ouvrage, on découvrira le pendant soviétique de cette épopée. Tous les programmes suivants, plutôt sous le signe de la collaboration internationale, nous sont racontés, avec leurs réussites et leurs échecs.

Avec ce livre chez Cépaduès l’auteur renoue, un quart de siècle après, avec l’éditeur qui avait publié, en 2001, un recueil de ses dessins.

Le récit est limpide, bien écrit. Tout au plus peut-on être surpris par le choix des temps de narration. Quand on entre dans une phase d’action ou dans une description, le récit au passé s’interrompt pour laisser place à un présent de narration. Mais c’est fait harmonieusement, comme si un encadré nous était présenté hors-texte, et ça ne gène pas la lecture. On le ressent comme une pause, une parenthèse temporelle, pas comme une erreur de concordance des temps.

On a plus de mal avec les photos, très nombreuses mais illisibles car présentées au format timbre-poste (2).

Il y a des passages amusants, dans les anecdotes, dans les « private jokes« , dans sa carrière de faussaire philatélique repenti ou même cachés dans le texte (3). On partage des moments de complicité et on apprend plein de choses (4). C’est une lecture conseillée à qui a déjà eu l’occasion de visiter la Cité de l’Espace, pour retrouver des modèles vus en exposition et connaître l’histoire de leur arrivée à Toulouse (5), ou à qui a prévu de le faire pour s’y préparer et encore mieux apprécier. Enfin, le récit de son grand « vide-greniers » après son départ à la retraite, pour être moins envahi par des tonnes de bibelots-souvenirs, de maquettes, de documentation et de livres parlera à beaucoup de passionnés parmi nous qui se poseront un jour la question de la transmission d’un patrimoine aéronautique ou, ici, spatial.

L’ouvrage commence par un sommaire simplifié, et se clôt par une table des matières bien plus détaillée et par un glossaire thématique.

Pour terminer, citons un passage de la page 95, particulièrement plaisant : « Alors, chaque fois que je me promène le long de l’Allée de l’Infini (6), je souris. Elle n’est pas qu’un décor : c’est une invitation au vertige. A chaque pas, on avance dans l’univers, et pourtant on reste bien ancré sur Terre. Peut-être est-ce cela, au fond, le rôle d’un lieu comme celui-ci: nous rappeler que nous sommes minuscules, certes, mais infiniment curieux ».
On comprend alors cette passion des aventures céleste qui a pris tout l’espace d’une vie…

Jean-Noël Violette

Notes
1) Serge Gracieux a fait le compte : il a rencontré 154 explorateurs et exploratrices de l’Espace, sans compter les techniciens et ingénieurs au sol, les familles, etc.
2) J’ai mesuré : 17 x 17 mm par exemple pour celles de la page 19. J’ai essayé de suivre avec une loupe, mais ça reste bien petit alors qu’on imagine ces photos d’un grand intérêt.
3) Page 74 : « La seconde génération est apparue quand la station [MIR] offrait un second sas de jonction, ce qui permettait l’arrivée d’un second vaisseau – utile pour les ravitaillements mais surtout pour effectuer des relèves à chaud d’équipage, ouvrant la porte à des séjours très longs ».
4) Mention spéciale pour les vyamanautes indiens, dans la série des termes en -nautes.
5) Témoignage personnel, j’ai eu la chance de visiter la Cité de l’Espace en novembre 2013, et j’aurais adoré avoir lu tout cela avant.
6) Allée de l’Infini : nom d’une allée de la Cité de l’Espace.

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324 pages 16×24 cm, broché, couverture souple ISBN : 9782383952480 29 €