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Les ailes de Pohjola

mémoires de guerre d’un pilote de chasse finlandais

Pour un lecteur aéro français, la guerre aérienne en Finlande est un sujet exotique. Un article ici ou là, des mentions dans les palmarès des meilleurs pilotes de chasse, des maquettes avec le svastika bleu, des noms difficilement prononçables, des réussites avec des avions qui n’ont souvent pas brillé ailleurs, notamment le Brewster Buffalo.

Eino Luukkanen est justement l’un de ces pilotes finlandais, qui a publié ses souvenirs dès 1955. Les éditions Blueman nous proposent ici une excellente traduction en français de la troisième édition de l’œuvre finnoise. On la doit à Frank Piffer, qui a servi 32 ans dans l’Armée de l’Air et de l’Espace, et qui œuvre depuis longtemps comme un passeur entre la France et la Finlande.

Eino Luukkanen s’est engagé dans l’armée de l’air de son pays en 1932. Lorsque que la guerre éclate entre l’U.R.S.S. et la Finlande fin 1939, il est donc un pilote expérimenté. Il vole alors sur Fokker D.XXI et enregistre ses premiers combats et succès pendant la guerre d’Hiver. S’ensuit une année de paix, pendant laquelle Luukkanen passe sur Brewster, et le conflit reprend en 1942, c’est la guerre de continuation. Nommé commandant d’une unité de reconnaissance qui vole sur des Polikarpov I-153 et des Vaspi, des Fokker D.XXI motorisés par des Pratt & Whitney Twin Wasp Junior. C’est la mort accidentelle du commandant de l’escadron de chasse 34 qui le ramène précipitamment aux commandes d’un chasseur, cette fois-ci le Messerschmitt Bf109G-2. Ces derniers céderont plus tard le champ à des G-6.

Le livre est très plaisant à lire, un style très fluide, un ton très vivant. L’exotisme évoqué en préambule se retrouve particulièrement dans les conditions de vie en Finlande, selon les saisons, et le mode de vie des habitants et donc des pilotes. Peut-on s’imaginer la si grande importance d’un sauna ? La vie au grand air, les plaisirs simples de la pêche ou de la baignade dans les lacs entre les missions, l’aménagement plus que sommaires des aérodromes, les territoires immenses, aux sonorités si différentes. Fatalement on pense aux récits des anciens du Régiment Normandie-Niémen. En toute logique, ils étaient confrontés mêmes difficultés du quotidien, le froid, le gel ou le dégel, les grands espaces, les abris en rondins, un style de vie en totale opposition avec celui des pilotes de la R.A.F. ou de l’U.S.A.A.F. en Europe.

Le Lieutenant-Colonel Luukkanen totalise 620 heures de vol de guerre, en 440 missions. Il a connu le combat aérien à 162 reprises, et il est crédité de 51 victoires, ce qui le place sur la troisième marche au palmarès finlandais. Mais outre cette immense expérience, les vols routiniers, les convoyages, celui où il est atteint par les tirs de DCA alors qu’il abat un ballon d’observation, et dont il réchappe miraculeusement, c’est aussi par les à-côtés et le récit souvent poétique des paysages que cette autobiographie apporte beaucoup.

Des photographies parsèment l’ouvrage. Elles sont imprimées dans le corps du texte pour coller au récit et sur le même papier, ce qui malheureusement ne rend pas justice à ces illustrations. On peut imaginer que l’insertion d’un encart avec un papier adapté pour la reproduction d’images aurait fait augmenter le prix de fabrication et donc de vente du livre.

Traducteur et éditeur ont eu la bonne idée d’ajouter en préambule des explications sur la langue et des cartes pour aider à la compréhension. Des notes de bas de page complètent le récit. Quelques coquilles ne nuisent heureusement pas au plaisir de cette lecture.

Ce livre est très chaudement recommandé, tant pour son style agréable que pour le mode de vie qu’il décrit, avec sincérité et détail.

Jocelyn Leclercq

En bref
éditions Blueman format 21,3 x 14 cm 378 pages ISBN 978-2-940785-63-6 20 €