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Le bombardement de Sochaux dans la nuit du 15 au 16 juillet 1943

Tout est sobrement indiqué dans le titre, Emmanuel Coris relate la mission de bombardement accomplie par la Royal Air Force au cours de cette nuit de juillet 1943, sur la ville de Sochaux, objectif qui est également répertorié par ailleurs comme Montbéliard, ou encore les usines Peugeot dudit lieu.

Alain Duvernoy a fourni à Emmanuel Coris les pages des Operations Record Book des différents Squadrons du Bomber Command britannique qui ont pris part à cette opération. Sans cet apport, l’ouvrage se serait presque limité à liste des victimes civiles du raid et une collection de photographies de bâtiments endommagés. L’effort est à souligner. Certes ces ORB sont maintenant accessibles en ligne depuis la crise du Covid 19, sur le site des archives nationales britanniques mais d’autres archives consultables sur place, ou par l’intermédiaire du personnel ou d’un chercheur, manquent pour éclairer davantage cette mission qu’on peut néanmoins considérer comme ratée. D’une part par les 126 victimes civiles à Sochaux, d’autre part la confusion avec Besançon qui est également bombardée par erreur, et enfin le faible niveau de dommages causées à l’infrastructure visée.

Emmanuel Coris décortique plutôt bien les tenants et les aboutissants, dressant la liste des victimes et pointant les erreurs du passé comme celles figurant sur le monument en hommage justement à ces victimes. Il évoque également les actions de sabotage en interne qui ont apparemment convaincu les décideurs de la R.A.F. de ne plus avoir à bombarder l’usine Peugeot. Là encore, une recherche spécifique dans les archives alliées aurait pu confirmer le réel impact de la résistance sur la décision anglaise de ne plus attaquer.

Quelques légères approximations concernant la R.A.F. montrent que le sujet n’est pas totalement maîtrisé de ce côté-là mais la démonstration n’en demeure pas moins claire et concise. J’apprécie que les auteurs n’aient pas mis de quantième pour les Squadrons de la R.A.F., mais pourquoi en ont-ils mis pour les Groups, qui suivent la même règle ? Idem, les grades britanniques ont été gardés en forme abrégée anglaise, sauf les Sergeants qui seuls ont été francisés…

On note également l’apport bien utile de Theo Boiten, spécialiste de la chasse de nuit allemande, concernant l’opposition que les Handley Page Halifax ont eu à subir lors de ce raid.

Largement illustré de photographies montrant les dégâts causés par le raid, complété d’une archive allemande qui aurait mérité une explication spécifique ou une traduction, et d’une page de la form 541 d’un ORB afin de montrer au lectorat la matière première utilisée pour mieux comprendre le déroulement du raid, cet ouvrage peut intéresser au delà du simple intérêt régional et inspirer d’autres historiens pour une ou plusieurs missions de bombardement ayant touché leur ville.

Le livre d’Emmanuel Coris complète sans pâlir une étagère consacrée au Bomber Command ou aux bombardements sur nos villes.

 

Jocelyn Leclercq

En bref
format 20,5 x 26 cm, couverture souple 176 pages illustration de couverture Eric Besançon www.editions-cetre.com ISBN 978-2-87823-329-2 22,00 €