« On serait tenté d’affirmer que le Farman F.121 Jabiru fut l’avion de transport le plus laid jamais construit et d’en rester là. » Cette petite phrase aux allures assassines fut écrite par John Stroud dans Aeroplane Monthly en juillet 1985. Cependant, le célèbre historien et illustrateur anglais ajoutait : « Mais il serait injuste de le juger uniquement sur son apparence, car le Jabiru a rendu de bons et loyaux services pendant plusieurs années et la version F.3X a été l’un des premiers avions de ligne quadrimoteurs à entrer en service, après les Blériot 115 bis et 135. »
C’est effectivement tout l’art de Rob J.M. Mulder, dans cet ouvrage, que de mettre en valeur cet appareil jusque là négligé. L’auteur se consacre depuis des années à des sujets souvent peu communs, spécialement dans les domaines des débuts de l’aviation commerciale en Europe du Nord, avec une prédilection pour les compagnies hollandaises et scandinaves. Rob Mulder est batave d’origine, il habite la Norvège et publie ses ouvrages en anglais sous l’étiquette « European Airlines » . Il s’est penché sur certains appareils exploités en faible nombre, mais ayant marqué une étape importante dans l’évolution initiale du transport aérien, c’est la collection « The Few ».
Le Jabiru fut un appareil multiple, ayant volé dans des configuration à 1, 2, 3 et 4 moteurs. C’est l’objet de la première partie de l’ouvrage, nous présenter toutes ces versions, leurs désignations et leur évolution au fil des années. On en découvre la Génèse, développé pour remplacer les Goliath du même constructeur (F.60 et dérivés), puis son héritage avec les plus modernes familles de F.190 et F.300. Des chapitres très complets sont ensuite consacrés à l’exploitation du Jabiru en France (SGTA/Farman et CIDNA essentiellement) et au Danemark (DDL, Det Danske Luftfartselskab : lignes aériennes danoises). La chronologie de ces épopées est d’une grande précision, et l’ouvrage est abondamment illustré de photos en noir et blanc, certaines réputées (Musée Air France), d’autres bien moins connues et agréables à découvrir. Quelques cartes sont présentées en couleurs. Les 50 dernières pages nous présentent de remarquables écorchés et profils, objets de collection et magnifiques affiches en couleur, une liste de production, deux pages d’aéromodélisme, une longue liste de sources et de bibliographie et enfin un index onomastique de sept pages.
L’usage des noms français a été un petit chausse-trappe, mais les quelques erreurs d’accent ou autres ne sont pas une entrave pour la lecture (*).
Au final, un très bel ouvrage qui nous fera mieux connaître ce(s) appareil(s) surprenant(s) à première vue par leur jabots, goitres et protubérances diverses. John Stroud avait fini par apprécier cet appareil, même s’il précisait « Le F.4X était sans aucun doute le plus laid de tous les Jabirus, pourtant déjà très laids. »
Takk, Rob, for at du setter fokus på disse litt glemte franske flyene.
Jean-Noël Violette
Note (*) : entreprise/enterprise, Breguet/Bréguet, Blériot/Bleriot, Lorraine-Dietrich/Lorrain-Dietrich.
Disponible auprès de l’auteur/éditeur ou de Lela Presse



