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Etoile rouge contre croix noire

pilote de Sturmovik sur le front de l’est

Cette autobiographie d’un pilote soviétique, en français, constitue une vraie curiosité. Certes, avec les pilotes du Normandie-Niémen, nous avions une bibliographie déjà abondante sur le sujet des combats sur le front de l’Est. C’était certainement plus abordable car les patronymes étaient français. La zone des combats était également différente, plus au nord et probablement plus connue. Ici, l’action se situe tout au sud de cet immense front de l’est, dans le Caucase pour l’essentiel.

On connait nettement moins cette région du monde, et on remercie Blueman pour avoir prévu les cartes pour nous repérer. L’évocation de la Crimée à l’époque fait évidemment écho à l’actualité. Et on se rend compte à la lecture de l’autobiographie de Vassili Borissovich Emelianko de l’immensité de ce front que les russes appelaient « de l’ouest ».

C’est un récit assez âpre, rugueux, sincère. Né en 1912, Emelianko est pilote instructeur dans un aéroclub civil dès 1933, et bien que réserviste, il doit insister pour combattre, dès l’invasion de son pays en juin 1941. Un seul chapitre n’est pas autobiographique, celui dans lequel il évoque justement ces batailles de 1941 auxquelles il n’a pas pris part, mais son unité, le 7ème régiment de la garde, si. Il tient à rendre hommage à tous ses camarades de combat et l’épilogue annonce des chiffres terribles, 202 tués dans son régiment, 717 dans la 230ème division aérienne qui la commandait. Suivent 16 pages comprenant le tableau de ces pertes, qui font bien comprendre à quel point les pertes ont été effroyables.

Emelianko est un rare survivant, parmi ces pilotes qui ont combattu dès 1941. Héros de l’Union Soviètique, il a exclusivement volé sur Illouchine Il-2 Shtourmovik / Sturmovik, essentiellement en monoplace. S’il évoque plus tard les mitrailleurs, y compris une femme, qui ont volé avec ses compagnons d’arme, jamais il ne parle d’un mitrailleur attitré.

Dire que les conditions de vie et de combat devaient être rudes est un euphémisme. Nous sommes plus souvent habitués aux biographies d’aviateurs basés en Europe du Nord-Ouest, où les conditions de vie étaient idéales si on les compare avec la rigueur et les manques du front russe.

Au fil des pages, on découvre des combattants qui sont allés au bout de l’ultime sacrifice, mission après mission. On comprend l’arrivée des nouveaux aviateurs qu’il faut former sur le tas pour les envoyer au combat sans tarder, le fameux rouleau compresseur russe, et son tragique bilan humain. L’auteur a réussi à alléger par endroits la dureté de son récit par quelques paragraphes sur les à-côtés de la vie des équipages, comme l’adoption de chiens errants.

Un cahier central de 16 pages offre des photographies d’Il-2 et surtout des aviateurs, l’auteur bien sur et tous ceux qu’il met à l’honneur.

Par sa sincérité, cette autobiographie publiée initialement en 2005 en anglais alors qu’Emelianko avait déjà plus de 90 ans, apporte un éclairage nouveau et authentique, pour une fois en langue française.

En bref
320 pages, format 14,2 x 21,4 cm couverture souple ISBN 978-2-940785-47-6 editionsblueman.com 20,00 €