Les aérobiliothécaires ont toujours plaisir à présenter les ouvrages d’André Bréand, qui savent mêler habilement histoire et technique. Son dernier livre est consacré aux réacteurs ATAR de la SNECMA, c’est très logique après ses travaux sur les Mirage.
Il porte un nom en forme de clin d’œil biblique « Et la SNECMA créa l’ATAR » (a).
Alors, comme toute Bible sur le sujet, cela commence par une Génèse, ici de 7 chapitres, pour rappeler l’origine allemande de ce réacteur (BMW 003) et des équipes qui ont commencé à travailler dessus, ce qui représente presque la moitié de l’ouvrage :
1) Retour vers le futur
2) L’Opération secrète Paperclip
3) Opération Paperclip façon France Libre
4) Les turboréacteurs allemands 1937 – 1945
5) Fiches techniques des turboréacteurs allemands
6) Les avions motorisés avec le réacteur Jumo 003 (b)
7) Hermann Oestrich et la Groupe O
Puis, de 1945 à nos jours, avec même les descendants de l’ATAR, sont présentés le projet, sa mise en œuvre, les choix techniques, les réalisations, les variantes et les évolutions :
8) Et la SNECMA créa l’ATAR
9) Développement et industrialisation du réacteur ATAR 101
10) L’ATAR 101 et le vol vertical
11) Le C.450 Coléoptère
12) La famille des réacteurs ATAR 101
13) Fiches techniques des réacteurs ATAR 101
14) Les avions français motorisés avec l’ATAR 101
15) Les fils de l’ATAR 101
16) Fiches techniques des réacteurs ATAR 8 et 9
17) Les avions français motorisés avec l’ATAR 8 et 9
Il existe plusieurs autres livres parlant de l’ATAR (c), mais la grande force d’André Bréand, c’est son regard de technicien et, par ce biais, sa pédagogie d’expert pour nous permettre d’appréhender technologie, contraintes à résoudre et apports de la métallurgie pour y parvenir.
Des textes sont insérés, à la manière d’encadrés ou plutôt sous la forme de « coloriés » pour nous introduire les grands personnages de ce récit et les étapes fondamentales. On trouve également reproduites les notes et une conférence (extrait) d’Hermann Oestrich, pleines d’enseignements quant aux méthodes essais/erreurs/solutions de cette résurrection d’Après-Guerre.
De nombreuses illustrations sont présentes :
* 12 beaux schémas en coupe ou écorché, tout en couleur, des réacteurs évoqués, dessinés par l’auteur (d)
* 24 plans 3-vues en noir et blanc, parfois un peu petits mais très clairs, des avions concernés
* de multiples photos, sourcées « Espace patrimoine SAFRAN » pour environ la moitié, « Dassault Aviation » pour quelques unes, et simplement notées « DR » pour le reste. L’auteur s’en explique en fin d’ouvrage.
Tout est agréable à lire. Au lieu d’une simple liste des appareils équipés de tel ou tel réacteur, ce sont carrément des fiches techniques bien détaillées qui nous sont proposées pour chaque avion. On trouve juste quelques passages qui peuvent laisser dubitatifs (e) ou en doublon (f).
La tare principale de l’ouvrage, si l’on peut se permettre ce clin d’œil, ce sont ses « notes de bas de page ».
Ici, elles se trouvent, selon les cas, en fin de chapitre pour le début du livre, en fin de fiche pour les avions et, parfois, vraiment en bas de page. C’est donc un peu difficile pour le lecteur qui ne peut savoir où trouver la note qu’en feuilletant au hasard les pages suivantes. Il aurait été plus clair de les disposer réellement en bas de la page indiquant une note. Cela aurait aussi permis à l’auteur de ne pas se fourvoyer dans sa relecture (g).
En annexe, on trouve un épilogue qui résume bien cette aventure industrielle, un index des illustrations réalisées par l’auteur, une liste de sigles et acronymes, un index de termes importants et une petite bibliographie.
Jean-Noël Violette
Notes :
a) « Et Dieu créa la Terre… » ou sa version cinématographique d’actualité « Et Dieu créa la femme… »
b) Qui a dit que, de nos réacteurs, les Jumo étaient les cousins germains ?
c) L’un d’eux est d’ailleurs cité dans la bibliographie de cet ouvrage.
d) S’ils sont tous dans le sens logique et conventionnel de la lecture on trouve étrangement, page 33, celui du turboréacteur Heinkel HeS 11 disposé dans le sens contraire.
e) Le Heinkel He 280 motorisé par deux He 2S (page 37) ou par deux Jumo 004 (page 45) ?
f) Exemple, le bloc de texte d’une demi-page, à cheval sur les pages 151/152 :
« …les standards des avions Bloch de la période 1936-1940 et profitant de l’expérience acquise sur les chasseurs de la famille MB150 et ses dérivés […] Il contient une double manche à air encadrant le baquet pilote, des réservoirs de carburant, et une chambre pour l’installation d’un turboréacteur… » est intégralement repris quelques lignes plus loin, page 153. On trouve aussi des redites au chapitre 4.
g) Notes « de bas de page » :
* Page 89, on trouve l’indication d’une « note 1 » Frein Froude, mais où est la note ? Car, dans le même chapitre, on trouve une autre « note 1 » Münzberg et c’est bien celle que l’on trouve expliquée en fin de chapitre.
* Page 164 il y a deux « note 1 », une pour Pierre Satre, et une pour la SEPR. La note correspondante se trouve bien page 164 pour la SEPR, mais il faut aller page 167 pour trouver celle parlant de Pierre Satre.



