Il y a quelques jours, le 21 janvier 2026, nous commémorions le cinquantenaire de la mise en service commercial – enfin ! soufflait-on à l’époque – par Air France et British Airways, le 21 janvier 1976, du supersonique civil franco-britannique. S’il y a eu une avalanche de livres en 2019 pour marquer les 50 ans du premier vol du bel oiseau blanc, nous avons plaisir à y ajouter ce nouvel opus, “ Concorde, l’icône d’un idéal ”, pour participer à cette seconde célébration, bien que cet ouvrage soit paru en fait il y a un an.
En main, c’est indiscutablement un “beau livre”, avec sa couverture épaisse, ses presque deux kilogrammes, son papier brillant à fort grammage et ses photos d’excellente qualité, dont certaines ont fait, comme leur sujet, le tour de la Terre des agences de publicité, des revues de design et des magazines people.
L’auteur, Adrien Motel, ne semble pas être un spécialiste aéronautique (1), mais simplement un adorateur des moyens de transport sortant de l’ordinaire. Son précédent livre, également chez “Place des Victoires”, éditeur spécialisé dans les beaux ouvrages, traitait du paquebot Normandie, et l’on retrouve naturellement beaucoup de références et de points de convergence dans les deux publications, des passerelles (d’embarquement) entre le plus beau des bateaux et le plus beau des avions.
Le décor brossé est celui des Trente Glorieuses, souvent focalisé avec chic sur les grands de ce monde et les célébrités du show-business. C’est donc écrit avec beaucoup de lyrisme, usant d’un vocabulaire recherché, parfois peut-être grandiloquant. Cette toile de fond élitiste voit la gestation difficile de Concorde entre deux nations qui ont du mal à s’entendre, et cela est très bien expliqué. Là, l’aérophile retrouve avec plaisir les détails techniques que l’auteur a su recueillir. Il s’agit d’une chronique très précise, même si l’impression persistante est de croiser plus de costumes et de robes du soir que de blouses blanches ou bleus de chauffe.
Les anecdotes sont nombreuses. La précision de ce récit et la fin de l’histoire, que l’on connaît malheureusement, nous font frissonner lorsque nous sont relatés, en 1979 et 1981, deux premiers incidents d’éclatement de pneus, sans gravité alors mais terriblement prémonitoires.
L’auteur sait jouer avec toutes les formes du mot concorde, de la place parisienne éponyme qui revient régulièrement, comme un point d’ancrage géographique, à la concordance des temps, et c’est agréable de retrouver ces allusions tout au long de l’ouvrage. Il cite même la phrase ironique du journaliste Léon Zitrone “ La Concorde cordiale sera belle… mais d’une réalisation ardue ”.
En annexe on trouve les multiples notes indiquées au fil du texte, ici regroupées par chapitre, une liste de production des appareils reprenant quelques données importantes, une bibliographie/vidéographie et la liste des crédits photographiques.
La conclusion de l’auteur, page 229, est intéressante. En réponse aux récriminations envers toutes les compagnies qui avaient réservé des options d’achat sur le Concorde dans un bel enthousiasme, puis qui se sont désistées, il se demande : si le seul supersonique commercial techniquement réussi avait été l’œuvre d’Américains ou de Japonais, quelle aurait été l’attitude de nos propres compagnies nationales ?
En résumé, pour son esthétisme et sa chronique très détaillée, c’est un bel album à s’offrir pour marquer ce cinquantième anniversaire de la mise en service commercial de Concorde, le 21 janvier 1976.
Jean-Noël Violette
Notes 1) À quoi reconnaît-on un non spécialiste aéro ?
* page 25 “voler à deux fois la vitesse du son avec son pilote”. À part pour les drones, cela tombe sous le sens ;
* page 72, “Enfin neuf Magistère de la Patrouille de France tirent un rideau tricolore sur le Salon”. Il s’agit du Fouga Magister ;
* page 133 “Le supersonique célèbre le 50e anniversaire du vol postal de Jean Mermoz sur Comte de la Vaulx avant un autre vol en l’honneur de Dieudonné Costes et Maurice Bellonte avec Point d’Interrogation ”. On ressent davantage dans ces formules une forme navale : Francis Chichester sur Gipsy Moth IV et Eric Tabarly avec Pen Duick. En aviation, on dirait plutôt “sur le Comte de la Vaulx” et “avec/sur le Point d’Interrogation” ;
* page 171 “Pour Aérospatial…”. Il s’agit de l’Aérospatiale ;
* et surtout “le tarmac”, (mal) utilisé en général par les journalistes TV. Rappelons que Tarmac est l’apocope de Tarmacadam©, une marque déposée associant les mots tar (goudron anglais) et macadam (technique de revêtement des chaussées élaborée par l’Écossais John Loudon McAdam vers 1820). En français aéronautique, on parle de pistes lorsqu’on s’y pose, et de parkings ou d’aires de stationnement lorsqu’on s’y arrête. Ici, on trouve du “tarmac” au minimum pages 69, 144, 154, 164, 169, 175 (2 fois), 186, 191…



